Le bal du quatorze
juillet .
(Contrainte roussellienne imposée par Hervé
le Tellier lors du stage Oulipo de juillet 2001 au château de Castries)
Depuis la suite est ouverte !
Dans les 6 derniers entrants, le N°5
"Impressions d'Afrique" le N°6
et le N°7 ont été
envoyés par Don Luis .
Ca m'a donné des idées pour le N°8,
et Don Luis a récidivé le 11/02 avec le 9
et le 10
1
Le duc de Castries était amoureux d'une
fort jolie femme, mais elle était mariée.Ils se donnèrent
rendez-vous un soir dans l'église du village que les fidèles,
partis faire la fête en ce beau mois d'été, avaient désertée.
La jeune femme s'y rendit tôt mais le curé, qui soupçonnait
quelque chose de pas catholique, l'espionna, caché derrière
un pilier. Quand le duc arriva, la dame se précipita dans ses bras.
" Sommes nous seuls ? " demanda le duc. " Oui " dit-elle.
C'est alors qu'on entendit la voix du curé :
"
La belle, duc, a tort. Jésus y est "
EC
2
Alors que je marchais en tournant dans le sens
trigonométrique sur la terrasse du château de Castries à
la recherche de l'inspiration, mes yeux furent attirés par le reflet
de quelque chose de métallique à moitié enfoui dans le
sol sablonneux . Je me baissai et ramassai un objet rond et blanchâtre
qui me sembla être une médaille ou une pièce de monnaie
antique. Pas de bronze ni de cuivre, non. Ni de fer blanc, ni de nickel, ni
d'argent. Un or peu coloré ? Pour en être sûre, je mordis
la chose, qui résista.Des inscriptions que le séjour de la pièce
dans la poussière avait rendues illisibles mais que j'espérais,
vu la forme de cette pièce, être écrites en Italien, en
Vénitien peut-être, apparaissaient vaguement. Pour en avoir le
coeur net, je sortis de ma poche un fin mouchoir de batiste et frottai la
pièce le plus délicatement possible :
"Le pâle ducat d'or j'essuyai"
EC
3
Ce type m'énervait, avec ses airs supérieurs.
Toujours bon, premier en tout, aimable avec tout le monde, aussi brillant
intellectuellement que physiquement il nous battait invariablement à
la course et gagnait tous les tournois. Un jour, après une épreuve
où il m'avait encore distancé,je craquai : ayant ramassé
sur le stade un peu de bouse mêlé à la boue du terrain,
je lançai sur mon rival ce mélange au moment où, propre
et nu, il sortait de la douche. Mais je vise mal comme je rate tout : mon
projectile l'atteignit au bas-ventre.
"Les balles du cador j'ai souillé"
EC
La mort récente de George Harrison a permis
de mettre au jour certains pans inconnus de l'histoire des Beatles. C'est
ainsi qu'on a découvert qu'avant de lancer leur célèbre
maison de disques Apple (la Pomme), les fameux yéyés, qui se
réunissaient à leurs débuts dans le pub "4 Horses",
à Liverpool, avaient fait à cette époque une première
tentative, et donné à leur entreprise le nom de ce pub précisément.
C'est pourquoi l'on parle encore du <"label
du quat'horses yéyé". La
légende selon laquelle leur tignasse les faisait ressembler à
des canassons est donc complètement fausse.
EC
Pour me combler,
ce pauvre Hugues avait tout tenté tout essayé. Avec un zèle
inconnu du plus ardent missionnaire, il s'était évertué,
faisant des pieds et des mains, et plus encore, mais je restais de glace,
pétrifiée, misérable. Or, le voici ce soir qui arrive
ravi. Un marabout expert du fin fond de l'Afrique, lui promettant monts et
merveilles de Vénus, lui a, je ne sais comment, glissé des anneaux
sous la peau. Et le miracle se produit .
"Le pal d'Hugues à tores
: je jouis, yeah !"
Don
Luis
Les Irlandais
sont gens charmants mais, grands brasseurs devant l'Eternel, sortent de leurs
gonds pour peu qu'on profane leur breuvage national. Ayant ô sacrilège
- mais faute de mieux - servi à quelques uns d'entre eux le divin liquide
dans un vulgaire pichet, d'un dépoli bleuâtre de surcroît,
je fus accueilli par des cris furieux, un véritable charivari.
"L'opale du quart d'orge j'ouïs
huer."
Don Luis
Certes les
sacristains s'y entendent en vin de messe, et il est rare que les enfants
de choeur nous cassent les burettes. Mais jamais au grand jamais ne confiez
à un bedeau le soin de faire le café. Monsieur le curé
ayant cru régaler ses dames patronnesses, le brave homme qu'il emploie
n'a rien trouvé de mieux que de leur servir de l'eau du bénitier,
vaguement infusée et sucrée.
"L'eau
pâle du catho, ce jus niais !"
Don
Luis
Mon mec, l'est cul-de-jatte, mais j'lai dans la
peau. L'a beau pas avoir de guibolles, ça l'empêche pas de courir
partout, allez. C'est comme ça qu'il a attrapé la vérole.
Et
"le mal du gars-torse, j'y ai."
EC
Un Letton (par son père) à la peau
cuivrée avait, à son corps défendant, éveillé
la concupiscence d'un hareng dessalé, dont les manières sucrées
trahissaient sans rougir le pêché mignon. Un soir qu'il s'était
aventuré au-delà de la petite ceinture, dans un cul-de-sac,
le jeune homme tombe, entre chien et loup, sur le libidineux personnage. Electrisé,
ce dernier sauvagement l'accule et, armé d'un couteau, contraint le
fils de Letton à se dénuder. Or, après s'être fait
vaguement flatter les côtes, bichonner les tétons et astiquer
le sternum, le pervers s'en fut, apparemment satisfait, laissant l'autre tremblant
mais soulagé que ses pires craintes fussent restées sans fondement.
"Le Balte n'eut qu'à torse choyer."
Don Luis
Emeraudes, saphirs, diamants, améthystes,
tout invitait au luxe et à la volupté. Mais parmi les rivières,
colliers et diadèmes officiait, l'air camé et solitaire, le
plus misérable des bijoutiers qui fût. Je choisis une parure,
la paie rubis sur l'ongle. Le vieux caillou me tend un écrin sommairement
enveloppé du papier maison et se demande hébété
ce que je semble attendre.
"Le bolduc, atroce joaillier !"
Don Luis